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Une fois de plus, l’agenda géopolitique s’est imposé au premier plan. Une nouvelle poussée de tensions au Moyen-Orient et les déclarations retentissantes de Trump, selon lesquelles le cessez-le-feu avec l’Iran a de fait pris fin, ont amené les acteurs de marché à rechercher à nouveau la sécurité des actifs refuges. Cependant, il reste prématuré de miser uniquement sur le facteur géopolitique. Si le conflit ne se transforme pas en hostilités à grande échelle (ce qui est tout à fait probable), l’attention du marché se reportera dans les prochains jours sur les données macroéconomiques et sur les anticipations relatives aux futures décisions de la Federal Reserve.
Dans ce contexte, l’indice ISM Services PMI publié hier aux États-Unis revêt une importance particulière, car il s’agit du premier indicateur complet de l’état du plus grand secteur de l’économie américaine après le faible rapport sur les Nonfarm Payrolls de juin. Ses résultats ont renforcé les doutes du marché quant à la probabilité que la Fed procède réellement à un resserrement de la politique monétaire au second semestre de l’année.
Bien que l’ISM Services Index soit officiellement resté en zone d’expansion en juin, c’est-à-dire au-dessus du seuil clé de 50 points (à 54,0), le contenu du rapport s’est révélé loin d’être aussi solide qu’il ne pouvait le paraître à première vue. Une analyse détaillée des composantes du rapport met en évidence une perte progressive de dynamisme dans le plus grand secteur de l’économie américaine. Cette tendance accentue les inquiétudes concernant un ralentissement de la croissance économique des États-Unis au second semestre.
L’élément le plus préoccupant du rapport a été le nouvel affaiblissement de l’activité des entreprises. Le sous-indice correspondant a reculé de 57,7 à 55,4 points. Même si l’indicateur reste au-dessus du seuil des 50 points, une baisse aussi marquée (de 2,3 points) signale un affaiblissement de la demande courante et un comportement plus prudent des entreprises. Le volume des services fournis et le chiffre d’affaires opérationnel continuent de progresser, mais le rythme de cette croissance ralentit nettement. C’est un signal important, car le sous-indice Business Activity est traditionnellement considéré comme l’un des indicateurs les plus fiables de l’état actuel de l’économie américaine.
Un autre sujet de préoccupation dans le rapport est le ralentissement de la croissance des nouvelles commandes. L’indice correspondant est tombé à 55,1, contre 56,4 précédemment. Là encore, bien que l’indicateur demeure en zone de croissance, ce recul sensible (de 2,3 points) traduit un refroidissement graduel de la demande après un pic lié à des événements géopolitiques et à une hausse temporaire de l’activité des entreprises. Pour le marché, cela signifie que le secteur des services ne montre plus une expansion aussi vigoureuse qu’il y a quelques mois. De plus, la dynamique des nouvelles commandes est considérée comme un indicateur avancé : si le flux de nouveaux clients commence à se réduire, cela finira inévitablement par peser sur les volumes de services fournis, les revenus des entreprises et l’activité globale.
Un autre point faible du rapport réside dans la forte réduction des stocks. Le sous-indice s’est effondré de 11 points, passant de 62,5 à 51,2. Une telle chute traduit la prudence des entreprises quant à la demande future : elles préfèrent ne pas accumuler de stocks, de crainte d’un ralentissement de l’activité économique. Ce comportement est typique des phases tardives du cycle économique, lorsque les sociétés commencent à gérer leur fonds de roulement de façon plus conservatrice.
Le seul sous-indice ayant enregistré une hausse notable, ce qui a empêché le chiffre « global » de reculer davantage, a été l’indice de l’emploi, qui a bondi de 3,3 points pour atteindre 51,2. Cet indicateur est ainsi revenu en zone de croissance pour la première fois en quatre mois. Cependant, cette composante ne permet pas encore de conclure de manière convaincante à une accélération de l’économie américaine ; elle ne fait que compenser les trois mois précédents de baisse de l’emploi et ne constitue pas encore une tendance haussière durable. En outre, les données NFP de juin publiées la semaine dernière signalent une perte progressive de stabilité sur le marché du travail dans son ensemble, y compris dans le secteur des services (en particulier, le secteur des loisirs et de l’hôtellerie a perdu 61 000 emplois, ce qui en fait l’un des principaux points faibles du rapport). Il convient également de noter que si le flux de nouvelles commandes continue de ralentir, il sera de plus en plus difficile pour les entreprises de maintenir leurs effectifs actuels. Cela pourrait, à terme, peser sur la productivité du travail et accroître la pression sur la rentabilité des entreprises.
Enfin, il convient de souligner la dynamique de la composante prix : l’indice des prix payés est passé de 71,3 à 67,7, soit son plus bas niveau depuis février de cette année. Ce chiffre est particulièrement important pour le marché, car il signale un allègement progressif des pressions sur les prix dans le secteur des services, un segment de l’économie auquel la Fed accorde une attention accrue dans son évaluation des risques d’inflation.
Une autre tendance notable est le « rétrécissement du champ » de croissance de l’ISM Services. En mai, la croissance était quasi généralisée, mais en juin, le nombre de secteurs en expansion a reculé à 14, tandis que le nombre de secteurs en contraction est passé à quatre (contre un seul en mai).
Dans l’ensemble, le rapport ISM de juin suggère un refroidissement graduel de l’économie plutôt qu’une croissance solide et durable. Presque toutes les composantes clés décrivant l’état actuel du secteur des services se sont détériorées par rapport à mai, même si elles demeurent formellement en zone d’expansion. Cela indique que le plus grand secteur de l’économie américaine perd progressivement de son dynamisme. Par conséquent, la Fed dispose d’arguments supplémentaires en faveur d’une approche plus prudente de ses prochaines décisions, en dépit de la persistance des pressions inflationnistes.
Aujourd’hui, le principal moteur de la dynamique de l’EUR/USD reste la géopolitique. La montée des tensions entre les États-Unis et l’Iran soutient la demande de dollar en tant qu’actif refuge, éclipsant les signaux macroéconomiques en provenance des États-Unis. Toutefois, si Washington et Téhéran reprennent les négociations, le marché recentrera son attention sur les perspectives de la politique monétaire de la Fed. Dans ce cas, le rapport contrasté de juin sur l’ISM Services deviendra l’un des arguments en faveur d’un assouplissement des attentes « hawkish ». Pour l’heure, compte tenu des incertitudes persistantes entourant les actions futures des États-Unis comme de l’Iran, une attitude attentiste vis-à-vis de la paire EUR/USD apparaît comme l’option la plus justifiée.