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Les déclarations récentes de Donald Trump au sujet de la guerre en Iran évoquent de plus en plus la « doublepensée » orwellienne, où des idées mutuellement contradictoires peuvent non seulement coexister, mais encore être présentées comme simultanément vraies. Dans ses prises de parole, il combine de plus en plus des thèses incompatibles et contradictoires. Par exemple, tout en affirmant que la diplomatie progresse formidablement et que les succès s’accumulent d’heure en heure, il menace en même temps de détruire complètement les infrastructures critiques de l’Iran.
De telles déclarations contradictoires déconcertent les intervenants de marché : il devient de plus en plus difficile d’y trouver une continuité logique permettant de bâtir des scénarios stables. La valeur des faits tangibles a diminué, l’évaluation fondamentale des risques est reléguée à l’arrière-plan, tandis que le rôle de l’interprétation par le marché s’est accru. La dynamique de l’EUR/USD est de plus en plus déterminée, moins par les faits eux‑mêmes que par la ligne de discours, parmi celles de Trump qui s’excluent mutuellement, que le marché choisit de considérer comme référence à un moment donné.
Par exemple, en l’espace de deux jours – mardi et mercredi – la paire a progressé nettement, gagnant près de 200 pips (de 1,1448 à 1,1628). Les traders intégraient dans les cours la rhétorique « pacifique » de Trump, après qu’il eut laissé entendre que la campagne militaire américaine au Moyen‑Orient prendrait fin dans les deux prochaines semaines, les forces américaines ayant rempli toutes les missions qui leur avaient été assignées. En réaction à ces propos, les opérateurs sur l’EUR/USD ont ouvert activement des positions longues, sur fond de regain d’appétit pour le risque.
Cependant, hier, Donald Trump a de nouveau changé de ton dans son adresse à la nation, troquant la clémence pour la colère. Il a déclaré que les États‑Unis porteraient, d’ici deux à trois semaines, un coup extrêmement puissant à l’Iran, le renvoyant à « l’âge de pierre ». Ce revirement inattendu a renforcé le dollar valeur refuge et, par ricochet, les vendeurs d’EUR/USD, qui ont pu organiser une contre‑offensive. En conséquence, la paire est revenue vers la base de la zone des 1,15, où elle dérive depuis.
En ce qui concerne le sort du détroit d’Ormuz, le président des États‑Unis envoie lui aussi des signaux contradictoires (nous retrouvons ici la « doublepensée » orwellienne). D’un côté, Trump affirme clairement que les États‑Unis n’ont pas besoin de ce détroit et que les pays qui en dépendent doivent eux‑mêmes en assurer la sécurité. De l’autre, il maintient une position de quasi‑ultimatum, menaçant l’Iran d’une destruction totale de son infrastructure si le trafic maritime n’est pas rétabli.
La difficulté de la situation tient au fait que le locataire de la Maison‑Blanche émet, au cours d’une même journée, des messages qui s’excluent mutuellement, brouillant ainsi les repères nécessaires à la formation d’anticipations de moyen terme. Le marché est contraint de réagir à la rhétorique de Trump dans l’instant, tout en gardant à l’esprit que, quelques heures plus tard, il peut formuler des signaux diamétralement opposés.
À mon sens, on ne pourra parler de véritables signes de désescalade que lorsque la partie iranienne évoquera elle‑même la perspective d’un accord. À ce jour, Téhéran envoie des signaux inverses. Premièrement, le ministère iranien des Affaires étrangères nie l’existence de la moindre négociation. Deuxièmement, les Iraniens rejettent les exigences formulées par les États‑Unis. Des représentants du ministère des Affaires étrangères reconnaissent avoir reçu, par l’intermédiaire de médiateurs, des conditions pour mettre fin à la guerre, mais les jugent excessivement dures et illogiques.
En d’autres termes, la balance penche à nouveau en faveur d’un scénario d’escalade : on ne voit ni signe d’un accord, ni signe d’un arrêt de l’opération militaire au Moyen‑Orient.
Le dollar a également bénéficié d’un soutien supplémentaire de l’indice ISM manufacturier, dont nous avons découvert la valeur de mars au cours de la séance américaine de mercredi. Cet indicateur macroéconomique clé est non seulement resté en zone d’expansion, mais a en outre affiché une dynamique positive. À rebours des prévisions qui tablaient sur une baisse à 52,3, il est monté à 52,7, inscrivant ainsi un plus haut de plusieurs années (son niveau le plus élevé depuis août 2022). L’indice évolue au‑dessus du seuil des 50 points pour le troisième mois consécutif. Le marché a toutefois ignoré certains « défauts » de cette publication. Par exemple, le sous‑indice des nouvelles commandes, bien que toujours en zone d’expansion à 53,5, s’est révélé inférieur aux prévisions et au chiffre précédent, ce qui signale un affaiblissement progressif de la demande extérieure. En outre, malgré l’expansion du secteur manufacturier, le sous‑indice de l’emploi est resté en contraction, reculant à 48,7. Cela indique des pertes d’emplois dans l’industrie manufacturière.
Mais aucune de ces nuances n’a dissuadé les intervenants, compte tenu de la progression nette de l’indice global.
Ainsi, la situation de l’EUR/USD reste ambiguë, en grande partie en raison des déclarations contradictoires de Donald Trump. Si l’on résume sa rhétorique et la position officielle de la partie iranienne, on peut supposer que le conflit au Moyen‑Orient est encore loin d’être résolu. Cela signifie que le dollar valeur refuge continuera de bénéficier d’une demande soutenue. Il convient également de noter que, malgré l’impulsion baissière, les vendeurs de l’EUR/USD n’ont pas réussi à sortir de la zone des 1,15, s’arrêtant à 1,1516. Cela montre que les traders n’oublient pas l’imprévisibilité de Trump, qui, après le discours virulent d’hier, pourrait très bien annoncer aujourd’hui sa volonté de conclure un accord avec Téhéran. Dans ces conditions, les corrections techniques devraient être utilisées comme des opportunités pour ouvrir des positions vendeuses, mais avec un objectif proche, à 1,1510.